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Ces images font partie d’un travail entre fiction et documentaire qui s’articule autour de la disparition du travail et de sa nécessité, avec la volonté d’évoquer en creux la personne humaine en photographiant son absence tout court ou son absence à elle-même.

Il s’agit de femmes et d’hommes rejetés par le monde du travail. Ils errent, comme déviés d’eux-mêmes. Ils vont ils viennent on tombe sur eux sans le vouloir, on n’ose pas s’approcher ni leur parler. Là sur le bord de la route, ici au beau milieu du bois. On marche dans la rue, l’un d’eux est là, sur la terrasse, pas loin, dans l’attente, comme suspendu.

Il s'agit aussi de photographies d'espaces désertés, de machines délaissées, d'endroits qui n'existent plus, une volonté de documenter le travail disparu. C’est là. C’était là. D'un côté des travailleurs sans travail. De l'autre, des lieux et des machines dédiés au travail, sans travailleurs.

Rachat par un fond d’investissement. Surcapacité de production. Délocalisation. Situation de marché difficile. Réorganisation des unités de production. Stricte logique financière. Des salariés à qui l’on demande de ne plus venir travailler. Une situation que connaissent et qu’ont connue nombre de travailleurs en France. Désindustrialisation. Désertification.

Aujourd’hui de l’usine, de l’entreprise, restent des morceaux. Des musées. Restent encore la mémoire des gestes, des mots et des heures passées par les milliers d’hommes et de femmes qui sont passés par là tout en emportant, dans leur tête, dans leurs paroles, dans leurs émotions, chaque jour leur travail à la maison. Restent enfin des photographies, dans l’armoire, au fond du tiroir, dans un album, pêle-mêle dans une enveloppe. Et ces quelques images vides d’un lieu sans âme, violenté, débarrassé de lui-même, dépeuplé. Un lieu d’Histoire. De poussières.

Et maintenant ?
Réduction du temps de travail ? Revenu universel ? ...